Lorsqu’un collectif d’associations féministes, dont Osez le féminisme ! et les Chiennes de garde, a lancé sa campagne « Mademoiselle, la case en trop », exigeant la suppression de ce terme sur les documents administratifs, on a d’abord cru à un gag. C’était si urgent que ça, si grave, si discriminant pour les femmes, vraiment ? [...] Mais ça va pas la tête ? Sexiste, condescendant, insultant même, le terme « mademoiselle » ? Moins bien que « madame », quoi qu’il en soit ?
Ça signifierait que, pour ces féministes-là, c’est mieux d’être officiellement casée, plus respectable ? Ça signifierait que mon arrière-grand-mère qui disait à ses filles « mariez-vous d’abord, vous déciderez de ce que vous voulez faire de vos vies après » était une grande figure de la cause des femmes ? Blague à part, dans l’esprit comme dans la lettre, est-ce qu’on n’est pas en train de faire tout à l’envers ? Il faut défendre mademoiselle parce qu’elle est libre, parce qu’elle ne dépend pas d’un homme, parce qu’elle a plein d’enfants (depuis 2007, plus d’une naissance sur deux est hors mariage) et parce qu’elle s’en fout des cases.
Il faut défendre mademoiselle parce que Mademoiselle Jeanne Moreau, Mademoiselle Catherine Deneuve et Mademoiselle Isabelle Adjani. Il faut défendre mademoiselle parce que quand le marchand de primeurs de la rue Cadet m’appelle comme ça, je ne suis pas dupe, mais je sens que je vais avoir droit à mon basilic gratuit. Il faut défendre « mad-moi-zell’ » parce qu’elle est « chaarmante », la supprimer serait porter un coup fatal aux loulous qui nous interpellent sur les trottoirs : comment on va faire, si ça devient illégal de se faire draguer dans la rue ? Il faut défendre mademoiselle parce que ma fille de 18 ans, avec ses boucles blondes et ses joues roses, n’a pas du tout, du tout, une tête de madame...
Edito d'Alix Girod de l'Ain, Elle du 21 octobre


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