J’en étais donc au moment où le mec m’a enfin laissé tranquille.
Confiante, et comme il me restait encore un peu de temps, j’ai continué à me balader dans les rayons de la Fnac, en faisant genre 3 fois le tour, comme à mon habitude.
Je suis passé devant les caisses, puis devant le vigile de la sortie, et c’est en arrivant à la porte du magasin que quelqu’un me court après, et me lance
« Mademoiselle ! Mademoiselle ! ».
Je vous vois venir :
non, ce n’était pas le monsieur bizarre. C’était un gars de mon âge, qui avait l’air tout à fait sympathique, mais qui était quand même un peu lourd de m’aborder, me suis-je dit.
Nan mais c’était pas ça.
Moi j’étais méchante de penser ça, mais lui il a vraiment était gentil… Enfin en tout cas, moi je n’aurais pas fait ce qu’il a fait.
Il m’approche, donc, et arrive, avec un sourire mi-gêné, mi-franc, et moi je continue à me dire
« putainnnn allez accélère, que je te remballe vite fait, et que j’aille prendre mon bus ».
Non mais j’ai
honte quoi.
Et c’est là qu’il commence à me dire (et ça a duré 3 heures, croyez le bien) :
Mademoiselle… Heu c’est… c’est gênant de vous dire ça… c’est même très gênant… mais quand même il faut que je vous le dise… Heu mademoiselle vous…
« Oui ? »
« Vous avez des autocollant collés aux fesses… »
Le monde s’est écroulé autour de moi (genre) (bon, mon petit monde à moi quoi) (enfin, mon orgueil surtout). QUOOOII ?
J’ai d’abord pensé à une blague, parce qu’il y avait ses copains derrière. Non, franchement, des autocollants aux fesses, c’était pas possible, qui aurait pu me faire une blague comme ça, c’est dégueulasse, blablabla, puis de toute façons je l’aurais senti…
Ah ouais, d’accord. Là j’ai capté.
J’ai tout de suite posé ma main sur mon pantalon, et effectivement, j’avais des autocollants…
Deux grands autocollants de la poste, bien bleus, marqués « PRIORITAIRE ».
Voilà, mes fesses étaient prioritaires.
Oui, je les ai même gardé...
Puis sur la place, devant la Fnac, tout le monde nous regardait. J’avais envie de mourir.
AU MOINS. Alors j’ai relevé la tête vers lui, les yeux tout tristes (allez y, pleurez pour moi) et je l’ai remercié, beaucoup de fois, et lui ai expliqué que moi j’aurai jamais osé aller voir quelqu’un pour lui dire ça, et que c’était vraiment gentil, parce que sinon je serai allée au quartier de la gare routière comme ça, et que j’osais même pas imaginer… Et puis je suis vite partie.
Après j’ai réfléchi, et on était le 31 mars, la veille du 1er avril. Peut-être que le gars c’était trompé de jour. Ce qui ne m’a pas empêché de le maudire pendant encore longtemps.