
Ils sont là, assis dans ce café, à cette table collante. Non pas tristes, mais mélancoliques. La fille a un large jupon, retombant gracieusement jusqu’à ses mollets. Le garçon a ces habits-là, qu’il n’avait plus sorti de sa garde robe depuis des années, ces habits qu’elle aimait tant.
Ils se connaissent, et pourtant chacun se dérobe à l’esprit de l’autre. Des regards fuyants s’échangent au dessus des deux cafés brûlants. Un regard brûlant reste sans réponse, dans cette atmosphère fuyante. Des mots échangés,
A demi-prononcés,
Comme déjà envolés.
L’attirance mutuelle, freinée par cette étrange chose, cette barrière qu’elle semble voir dans ses yeux à lui. Ils étaient si doux et si profonds autre fois, comment avaient-ils pu changer autant ? Etait-ce la vie qui était passé par là, la souffrance qu’ils s’étaient amusés à s’infliger, une autre femme qui avait aimé s’y refléter ?
Quelle absurdité pensait-il,
Quelle lâcheté, pensait-elle.
Comment avaient-ils pu se dire adieu, comment avaient-ils pu se regarder partir, s’éloigner, chacun emportant, mesquinement, comme une relique, un bout de vie de l’autre ?
Comment avait-elle pu prendre cet air détaché, au téléphone, quand après tant de temps, elle avait retrouvé son numéro ?
« Je suis de passage à Edimbourg cette semaine. 1 heure et demie, entre deux trains. Que fais-tu, que deviens-tu, voudras-tu me revoir ? »
Qu’il avait été stupide, envahi par l’émotion tant de fois étouffé, refoulée, d’accepter.
Perchés, au dessus de leurs tasses brûlantes, dans cette ambiance glacée, ils se perdent dans leurs cafés noirs.
Ils se dévisagent, essayent à nouveau, pour quelque minutes seulement, de s’approprier l’autre. De le retrouver, derrière ces masques hypocrites.
Ils s’aiment à demi-mots, ou peut-être le pensent-ils seulement.
Ils s’aiment, ou peut-être se détestent-ils.
La fumée du train les entoure, sur le quai. Ils ne s’étreindront pas comme jadis. Ils ne se toucheront pas. Ils ne se diront pas adieu, si ce n’est du regard.
Il tentera de garder en souvenir ses yeux bleu mouillés. Elle se rappellera son parfum.
Ainsi va la vie, et chacun reprendra son chemin.
Laisser passer le temps est parfois bien cruel, diront certains.















