
On vient d’en bas. De cette chaleur moite des entrailles du métro qui se mêle curieusement à l’impeccabilité clinique des carreaux blancs de faïence de la voûte. Le regard morne, on a marché vers la sortie – à part les deux ou trois premiers qui grimpent quatre à quatre, les autres ont pris le rythme résigné, rien ne dépasse, chaque homme reste une île. On vous a tenu vaguement la porte battante, et vous l’avez tenu à votre tour, sans lever les yeux vers le bénéficiaire. On a monté quelques marches, on n’attend rien que de poursuivre. Et tout d’un coup, c’est le haut qui vous prend, vous allège, vous enlève. Ce carré bleu en haut des marches, ce bout d’immeuble, ces branches d’arbre treillageant le ciel.
[…]
La rumeur change, prend une fraicheur céleste ; on ne voit pas encore une voiture, pas un passant, mais on sait qu’une vie jeune bourdonne en haut, une vie de printemps, d’été. Le cœur cogne un peu plus vite, mais les marches n’y sont pour presque rien. Il faudrait s’arrêter là, invisible, anonyme, ne pas poursuivre l’ascension pour garder ce carré parfait.
[…]
Les derniers pas sont plus lents à présent. On respire, on reçoit la ville en pleine poitrine. Arrivé à la surface, on jette un regard satisfait sur un royaume qui déjà s’aplanit, se défait, se dilue dans trop d’espace et de destins possibles. On ne tient Paris qu’au moment de sortir du puits.
Juste avant.
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La rumeur change, prend une fraicheur céleste ; on ne voit pas encore une voiture, pas un passant, mais on sait qu’une vie jeune bourdonne en haut, une vie de printemps, d’été. Le cœur cogne un peu plus vite, mais les marches n’y sont pour presque rien. Il faudrait s’arrêter là, invisible, anonyme, ne pas poursuivre l’ascension pour garder ce carré parfait.
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Les derniers pas sont plus lents à présent. On respire, on reçoit la ville en pleine poitrine. Arrivé à la surface, on jette un regard satisfait sur un royaume qui déjà s’aplanit, se défait, se dilue dans trop d’espace et de destins possibles. On ne tient Paris qu’au moment de sortir du puits.
Juste avant.
Paris l’instant, P. Delerm


